Le représentant permanent du Panama auprès des Nations Unies, Eloy Alfaro de Alba, a exprimé de sérieux doutes quant à la possibilité d’organiser des élections en Haïti au cours du premier semestre 2027. Intervenant devant le Conseil de sécurité, réuni le vendredi 28 août 2026 à New York pour examiner la détérioration de la situation sécuritaire dans le pays, le diplomate panaméen a estimé que les conditions actuelles sur le terrain rendent cette perspective difficilement réalisable.
Cette réunion du Conseil de Sécurité s’est tenue quelques jours après l’attaque meurtrière perpétrée dans la commune de Kenscoff dans la nuit du 23 au 24 août. Le massacre, qui a fait au moins 47 morts, dont cinq enfants, ainsi que de nombreux blessés et personnes enlevées, a ravivé les inquiétudes concernant l’expansion territoriale des groupes armés et leur capacité à défier l’autorité de l’État.
Les discussions ont notamment porté sur la nécessité de renforcer la réponse sécuritaire, d’accélérer le déploiement complet de la Force de Répression des Gangs (FRG) et de créer les conditions permettant un retour progressif à la stabilité institutionnelle et politique.
Prenant la parole au cours de la séance, Eloy Alfaro de Alba a dressé un constat préoccupant de la situation en Haïti et établi un lien direct entre le rétablissement de la sécurité et la possibilité d’organiser des élections libres, légitimes et transparentes.
« Malheureusement, la perspective de tenir des élections au premier semestre 2027 ne semble pas réaliste, compte tenu de la situation actuelle sur le terrain », a-t-il déclaré, selon le compte rendu de la réunion.
Le diplomate panaméen est également revenu sur les différents épisodes de violence ayant frappé Kenscoff depuis 2025 ainsi que sur les récentes atrocités perpétrées dans la commune.
Il a présenté ses condoléances aux familles et aux proches des victimes et exprimé sa solidarité envers les personnes enlevées ainsi qu’avec les milliers d’habitants contraints de quitter leur domicile.
Les violences des 23 et 24 août ont en effet provoqué de nouveaux déplacements de population, venant aggraver une crise humanitaire qui touche déjà environ 1,5 million de personnes à travers le pays.
Si plusieurs otages ont depuis retrouvé la liberté, d’autres personnes seraient toujours retenues par les groupes armés.
Eloy Alfaro de Alba a également dénoncé la brutalité des violences commises contre les populations civiles, notamment les cas de personnes brûlées vives.
Pour le représentant du Panama, l’attaque de Kenscoff dépasse le cadre d’un événement isolé. Elle témoigne, selon lui, de l’évolution de la menace et de la capacité croissante des organisations criminelles à étendre leur influence au-delà de leurs zones traditionnelles d’opération.
« Ce qui est arrivé à Kenscoff doit nous bouleverser parce que cela s’inscrit dans une succession d’événements qui témoigne de l’évolution de la menace et de l’expansion géographique continue des gangs vers d’autres communautés et vers d’autres départements d’Haïti », a-t-il souligné.
Le diplomate a par ailleurs salué le rôle du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), tant dans l’accompagnement des institutions nationales que dans la promotion du dialogue entre les différents acteurs politiques.
Il a toutefois insisté sur le fait que le déploiement de la force internationale ne constitue pas une finalité en soi. Selon lui, le rétablissement d’un minimum de sécurité doit servir de préalable à la relance institutionnelle, économique, politique et sociale du pays, notamment à l’organisation d’élections crédibles.
Eloy Alfaro de Alba a également appelé à compléter les efforts sécuritaires par une réponse efficace en matière de désarmement, de démantèlement des groupes armés et de réintégration.
« Il faut une volonté politique tant au niveau national qu’au niveau international. Il faut également des ressources suffisantes et surtout une réponse urgente avec la souplesse qu’exige la gravité de la situation », a-t-il plaidé.
Des incertitudes autour du calendrier électoral
Les déclarations du représentant panaméen alimentent les interrogations déjà exprimées autour du calendrier électoral haïtien, alors que le pays n’a pas organisé d’élections nationales depuis plusieurs années.
Le Conseil Électoral Provisoire (CEP) a certes engagé plusieurs étapes préparatoires du processus, mais certaines dispositions continuent de susciter des réserves parmi les partis et regroupements politiques. Des difficultés techniques liées notamment à l’enregistrement des membres des formations politiques ont également été signalées.
Dans ce contexte, plusieurs acteurs politiques appellent à un réaménagement du calendrier afin de mieux tenir compte des contraintes sécuritaires et opérationnelles.
Selon le calendrier actuellement annoncé, le premier tour des élections est prévu pour le 13 décembre 2026 et le second pour le 21 février 2027.
La déclaration d’Eloy Alfaro de Alba ajoute ainsi une voix diplomatique importante aux réserves déjà exprimées sur la faisabilité du calendrier. Pour le représentant du Panama, l’enjeu ne se limite pas à fixer une date : il s’agit d’abord de créer les conditions sécuritaires, politiques et institutionnelles permettant aux Haïtiens de participer librement à un scrutin crédible.
Daniella Saint-Louis
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