Les recettes courantes atteignent près de 181,9 milliards de gourdes, tandis que les dépenses publiques dépassent 205,7 milliards sur les dix premiers mois de l’exercice 2025-2026 Les finances publiques haïtiennes ont enregistré plus de 206,9 milliards de gourdes de ressources au 31 juillet 2026, contre 205,8 milliards de dépenses, selon le tableau d’exécution publié site internet par le ministère de l’Économie et des Finances (MEF), à travers la Direction générale du budget. Sur une projection rectificative de 360,3 milliards de gourdes pour l’exercice 2025-2026, le niveau d’exécution des ressources atteint 57,44 %, contre 57,11 % pour les dépenses.
Selon le Ministère de l’Economie et des Finances, entre octobre 2025 et juillet 2026, l’État a encaissé 206,97 milliards de gourdes sur une projection rectificative de 360,31 milliards, laissant 153,34 milliards à mobiliser pour atteindre l’objectif annuel. Les recettes courantes, qui constituent la principale source de financement domestique, s’élèvent à 181,89 milliards de gourdes, soit 74,81 % de la prévision de 243,14 milliards. Elles comprennent notamment les recettes de la Direction générale des impôts (DGI), de l’Administration générale des douanes (AGD) et les recettes pétrolières. À elle seule, la DGI a généré 68,87 milliards de gourdes, représentant 75,85 % de son objectif annuel de 90,8 milliards, en hausse de 14,34 % par rapport à la même période de l’exercice précédent,
Toujours selon les données du MEF, du côté des douanes, les recettes hors pétrole atteignent 83,47 milliards de gourdes au 31 juillet, soit un taux d’exécution de 72,20 % par rapport à une prévision annuelle de 115,6 milliards. Leur progression reste toutefois modérée, avec une hausse de 2,79 % en glissement annuel, loin derrière celle enregistrée par la DGI. Les recettes pétrolières affichent, en revanche, une évolution plus marquée. Elles s’élèvent à 27,14 milliards de gourdes, représentant 77,67 % de l’objectif fixé à 34,94 milliards, avec une progression annuelle de 34,37 %. Les autres ressources domestiques enregistrent également une forte hausse, atteignant 2,42 milliards de gourdes contre une prévision annuelle de 1,8 milliard, soit un taux d’exécution de 134,26 %.
En revanche, le tableau du MEF montre que plusieurs sources de financement prévues au budget n’ont enregistré aucune exécution au cours des 10 premiers mois de l’exercice. Il s’agit notamment du support budgétaire de 2,7 milliards de gourdes, de l’annulation de dette du FMI évaluée à 355 millions de gourdes et d’un emprunt du FMI de 1,45 milliard de gourdes. Par ailleurs, les dons et emprunts restent largement en dessous des prévisions, avec seulement 13,43 milliards de gourdes mobilisés sur une enveloppe de 67,41 milliards, soit un taux d’exécution de 19,92 %, en baisse de 27,09 % par rapport à la même période de l’exercice précédent. Cette faible mobilisation de certains financements limite la marge de manœuvre de l’État et accroît sa dépendance aux recettes effectivement collectées ainsi qu’à d’autres mécanismes de financement.
Les Bons du Trésor affichent une valeur nette de 11,65 milliards de gourdes au 31 juillet, soit 46,96 % de la prévision de 24,8 milliards, malgré une baisse de 10,41 % sur un an. Sur la même période, les dépenses totales atteignent 205,78 milliards de gourdes, soit 57,11 % du budget prévu. Les dépenses courantes représentent 151,34 milliards, dont 87,70 milliards consacrés au personnel et 49,27 milliards aux biens et services. Ces dernières ont augmenté de 28,85 % en glissement annuel. Les dépenses liées aux interventions publiques atteignent, quant à elles, 11,46 milliards de gourdes, en hausse de 33,09 % sur un an.
Le secteur de l’énergie affiche une faible exécution budgétaire. Le Ministère dit seulement 2,03 milliards de gourdes ont été dépensés sur les 7,57 milliards prévus, soit un taux d’exécution de 26,76 %. Ces dépenses concernent entièrement l’Électricité d’Haïti, laissant 5,54 milliards de gourdes encore à exécuter. Par ailleurs, les dépenses de capital atteignent 54,44 milliards de gourdes, soit 37,13 % des 146,59 milliards prévus. Elles progressent toutefois de 33,92 % sur un an. Les programmes et projets totalisent 40,65 milliards de gourdes, pour un taux d’exécution de 32,43 % sur une prévision de 125,34 milliards.
Les financements provenant du Trésor public atteignent 27,22 milliards de gourdes, soit 52,21 % des 52,13 milliards prévus. En revanche, les autres sources de financement restent largement en dessous des prévisions. Le service de la dette représente aussi une part importante des dépenses. Les intérêts de la dette s’élèvent à 1,73 milliard de gourdes au 31 juillet, soit 23,05 % du montant prévu. Les intérêts internes atteignent 689,9 millions de gourdes, en forte hausse de 562,53 % sur un an, tandis que les intérêts externes totalisent 1,04 milliard, en progression de 33,37 %.
L’amortissement de la dette atteint 11,37 milliards de gourdes, soit 68,54 % de la prévision annuelle de 16,6 milliards. L’amortissement externe s’élève à 7,29 milliards, dépassant la prévision de 5,9 milliards, avec un taux d’exécution de 123,57 %. Au 31 juillet, les ressources mobilisées dépassent légèrement les dépenses, avec un solde positif de 1,19 milliard de gourdes. Toutefois, seulement 57,44 % des ressources prévues ont été exécutées, contre 57,11 % pour les dépenses. Il reste donc deux mois avant la fin de l’exercice pour atteindre les objectifs budgétaires.
Le tableau du MEF met surtout en évidence une réalité : l’État haïtien continue de faire face à un important défi de mobilisation des ressources et d’exécution des dépenses. Certaines recettes progressent, notamment celles de la DGI et les recettes pétrolières. Cependant, plusieurs financements attendus n’ont toujours pas été mobilisés.
Dans le même temps, les dépenses courantes avancent beaucoup plus rapidement que les dépenses d’investissement. Cette différence soulève une question centrale pour la gestion des finances publiques : quelle part des ressources disponibles peut réellement être transformée en investissements capables de produire des résultats visibles pour la population ?
À deux mois de la clôture de l’exercice 2025-2026, les chiffres du ministère de l’Économie et des Finances offrent donc un état précis de l’exécution budgétaire. Ils montrent une administration qui parvient à maintenir ses recettes et ses dépenses autour de 57 % des projections globales, mais dont plusieurs programmes et sources de financement restent largement en dessous des objectifs établis.
Arnold Junior Pierre
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